Quelques jours après la fin du très attendu Salon Viva Technology qui a attiré plus de 120 000 visiteurs (un record), on peut se poser plusieurs questions sur la position de nos start-up dans l’écosystème de la tech mondiale. Premier constat : la France n’a pas à rougir de sa place. Avec près de 700 000 créations d’entreprises, 2018 a reflété la bonne santé de la dynamique entrepreneuriale à la française. Pied de nez à la vieille rengaine autour d’un supposé gâchis des talents, ce chiffre démontre que la France est devenue en quelques années un pays d’entrepreneurs. Cette révolution ne s’est pas déroulée sans heurts mais les résultats sont là : d’après l’OCDE, la France compte désormais parmi les pays qui créent le plus d’entreprises ces dernières années, devant le Canada, la Russie et même les États-Unis !

Notre pays a également redoublé d’efforts pour soutenir la croissance du secteur technologique. Si les regards continuent de se tourner spontanément de l’autre côté de l’Atlantique quand l’on pense « start-up », force est de constater que près de six ans après le lancement de La French Tech qui devait propulser sur les marchés internationaux de « jeunes pousses innovantes », la France est parvenue à s’imposer comme un acteur de poids. Avec plus de 376 start-up représentées (sur près de 4 500 entreprises issues de plus de 150 pays) au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas au début de l’année, l’écosystème Tech français a démontré une fois de plus sa vitalité.

Sans le rôle clé joué par les investisseurs, la France n’aurait pas été en capacité de rivaliser avec les champions de l’innovation. À l’échelle européenne, elle figure en effet à la première place pour ce qui concerne les levées de fonds en capital-risque, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. En 2018, les tours de table ont atteint en moyenne 5,9 millions d’euros, portés par quelques levées de fonds record ayant dépassé les 100 millions d’euros.

Ce phénomène cache pourtant une autre réalité. La France et plus largement l’Europe restent des incubateurs performants pour accompagner la naissance des start-up mais dès que celles-ci éprouvent le besoin d’atteindre une taille critique plus significative, leur croissance reste très dépendante d’acteurs étrangers. Cela est particulièrement vrai pour la France où seulement une vingtaine de fonds sont positionnés sur le segment des séries C et plus – des levées de fonds généralement supérieures à 20 millions d’euros.

La plupart de nos pépites dont la valorisation dépasse aujourd’hui le milliard d’euros ont été soutenues dans leur développement, à un moment ou à un autre, par un acteur étranger : c’est notamment le cas de BlaBlaCar (avec l’américain Insight Venture Partners), de Ventes Privées (Qatar Holding) ou de Deezer (avec le fonds saoudien Kingdom Holding Company).

Cette dépendance vis-à-vis de l’étranger s’explique en partie par la difficulté de la France à relever le défi du passage du stade de start-up à celui de « scale-up » : d’après Bpifrance, seules 25 entreprises ont levé plus de 20 millions d’euros en 2018. Faute de fonds ou d’initiatives dimensionnés pour d’importantes levées, le nombre de licornes « Made in France » est clairement insuffisant !

Ce phénomène d’internationalisation du capital soulève un certain nombre de questions quant à l’impact potentiel sur l’emploi (risques de pressions pour déplacer le siège à l’étranger, recrutements privilégiés hors d’Europe) ou la fiscalité (où les impôts sont-ils perçus ?).

Pour ne pas prendre le risque que des technologies prometteuses partent et se développent à l’étranger, il faut parier sur nos start-up et développer une culture du risque plus forte pour accompagner avec davantage de détermination la croissance des futures licornes tricolores ! La France doit impérativement se doter des outils suffisants, et inciter les acteurs privés à se mobiliser encore plus, pour retenir ses pépites sur son territoire, les développer et les faire croître.

La France s’est toujours montrée volontariste avec des industries et de grandes entreprises qui font aujourd’hui la fierté de notre pays. À nous de mettre en place dès à présent un « gaullisme 3.0 » ! Il nous est plus que jamais nécessaire pour créer les champions numériques de demain !

Badis Matallah, Strategic Advisor Inferensia